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Expressions Solidaires

N°40 - Avril 2009

* Edito : A la croisée des chemins ?
* Dossier central : Guadeloupe, Martinique, Guyane
* Trois questions à SUD Rail suite aux élections professionnelles à la SNCF
* G20, tout ça pour ça !

 

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Un trop grand nombre de patrons profitent du congé maternité de leurs salariées pour tenter de se débarrasser de ces revenantes.

En ces temps de « guerre économique » du capital contre le travail, les chefs du personnel (DRH) vivent mal les départs et retours de congé « maternité ». Que voulez-vous, avec les femmes, on n'a que des ennuis de « management » : elles partent quand elles ont décidé d'être enceintes et on est « obligé » de les reprendre quand elles veulent... Imaginez qu'elles aient un congé pathologique ! Et puis qu'elles vous prennent un congé parental ! Ça vous perturbe les plannings de façon irrationnelle. D'autant qu'on est à « flux tendus », que les postes sont drastiquement limités. Alors, quand la femme est partie, on prend un « CDD », un intérim, c'est fait pour ça. Puis « elle » revient, quel embarras, n'est-ce-pas ? On l'avait oubliée sur les tableaux de présence, le service a évolué, il va falloir tout re-modifier.

C'est pourquoi de plus en plus fréquemment le retour de congé maternité se passe mal. Le code du travail prévoit que la salariée doit retrouver un poste « identique » ou « similaire ». Mais la différence est grande entre « identique » et « similaire ». Suffisamment pour qu'on invente les moyens de se débarrasser de la revenante : on lui colle des tâches « similaires » mais très différentes qui la dépaysent, compliquent sa vie, font qu'elle se trouve mal dans sa peau, entre son bébé tout neuf et le boulot.

Une fois, j'ai vu un directeur de magasin imposer un horaire de travail à temps partiel au moment exact où la personne devait aller chercher son enfant à la crèche. Rue de la Paix, j'ai vu une entreprise modifier de fond en comble le secteur de vente d'une cadre commerciale : elle parlait arabe, connaissait depuis six ans le secteur du Moyen-Orient, ils l'ont mise après son congé maternité au secteur Amérique latine sans qu'elle parle espagnol. Entre-temps et juste avant son retour, ils avaient embauché en contrat à durée indéterminé la CDD qui était sur son poste initial... Vous imaginez comment la jeune femme vivait son poste « similaire »...

Sarkozy, le bling-bling qui se même de tout, vient de souhaiter « la mise en place d'un congé parental plus court », que « les jeunes mères soient accompagnées dans leurs démarches de retour à l'emploi ». Veut-il que toutes les femmes soient ministres comme Rachida Dati pour que leur enfant soit gardé au bout de cinq jours ? Savez-vous combien il y a de femmes parmi les cadres supérieurs ? Seulement 7 % contre 93 % d'hommes ! Ne cherchez pas, c'est la faute au seul fait que la femme accouche.

En ce 8 mars 2009, au moins deux modifications doivent être réclamées dans le code du travail : la première est que toute femme ayant accouché retrouve un poste « identique » et qu'elle soit « protégée », c'est-à-dire qu'elle ne puisse être licenciée pendant 18 mois après son retour de maternité sans autorisation préalable de l'inspection du travail. Le temps de congé maternité doit pouvoir être ainsi contrôlé comme un temps de travail effectif comptant pour l'ancienneté, le déroulement de carrière, la progression de salaire - avec sanction pénale lourde à la clef en cas contraire. Ainsi on pourra davantage forcer les employeurs à prendre en compte dans leurs effectifs les congés maternité et la « gestion prévisionnelle des emplois » des femmes.



Gérard Filoche –
4 mars 2009
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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