Cette question du pluri-linguisme à l'entreprise nous semble digne d'être d'avantage traitée par nos organisations, pour plusieurs raisons :
1. les pratiques d'EDS constituent une discrimination permanente entre salariés dans l'accès à l'information et à la formation ;
Chez EDS France, l’usage de l’anglais tend à être imposé à l’ensemble du personnel, indépendamment du lieu de travail, de la législation, de l’emploi occupé, de la formation des salariés.
Les courriers électroniques sont envoyés le plus souvent directement des Etats-Unis (siège mondial au Texas) ou de Grande-Bretagne (état-major européen à Londres) ; mais des messages en anglais peuvent aussi être envoyés du siège français.
Ces envois concernent :
- les informations sur la situation financière du groupe ;
- le suivi des affaires (contrats remportés) ;
- les changements d’organisation ;
- les nominations de responsables.
Il peut aussi s’agir de demandes adressées aux salariés :
- règles de sécurité ;
- comportement avec les clients ;
- règles d’éthique ;
- formations qu’il est demandé aux salariés de suivre sur le site internet du groupe ou par téléphone ;
- enquêtes de satisfaction ;
- fiches de renseignements à remplir.
Quand des salariés réclament une traduction dans la langue officielle du pays dans lequel ils travaillent, voici un exemple des réponses qu’ils peuvent s’attirer :
Désolé pour la traduction faible. J'ai soulevé votre inquiétude à ma gestion proposant que nous ayons des bulletins de multilanguage.
Thanks,
X
Ils peuvent aussi parfois faire l’objet de forts reproches et de pressions de la part de leur hiérarchie.
Le cynisme est poussé au bout lorsque, à une demande de traduction en français, on leur répond :
Can you send your question in English, please.
Autre exemple : en mars 2007, la direction met en place un nouveau processus, appelé « Redcard » ayant la vocation de faire remonter au sommet de la hiérarchie les remarques des salariés. Une fois de plus, le descriptif du mode opératoire est en anglais.
Ayant adressé le 5 mars une « Redcard » relative au manque de traduction, j’ai reçu dès le lendemain la réponse suivante :
Jean-Paul
Me pardonner si cet email ne traduit pas complètement en Français pendant que j'emploie un service de translatiion de google.
Confirmer juste, votre carte rouge a été ajoutée à la liste pour que l'équipe régionale de conduite passe en revue et dès que nous aurons la rétroaction de l'équipe, nous serons en contact avec leur réponse.
Sincères amitiés
X
Regional Lead for iMatter and Red Card
La réponse suivante expliquait en anglais que la solution proposée était en cours de développement, que la direction allait voir avec les différentes filiales nationales ce qu’il y avait lieu de traduire, qu’un budget y serait consacré, tout en réaffirmant que l’anglais était la langue de travail de la société, et concluant que puisque ce travail était en cours, ma « Redcard » était clôturée.
2. ce n'est pas pour rien que la loi fait obligation de l'utilisation du français pour tout ce qui concerne en particulier des consignes à respecter, ou des travaux à exécuter ;
Peut-on réellement s’attendre à ce que des consignes soient respectées si elles sont formulées dans une langue que ne comprend pas ou que ne maîtrise pas le salarié qui en est destinataire ?
Comment peut-on faire progresser la qualité du travail fourni lorsque les éléments nécessaires ne peuvent pas être assimilés par certains salariés :
- les tâches à effectuer sont régulièrement transmises au salarié par courriel en anglais ;
- les outils logiciels utilisés sont en anglais, ou très partiellement traduits ;
- les formations destinées à utiliser les outils ou les procédures obligatoires sont dispensées le plus souvent en anglais ;
- les documentations sont en anglais.
Il s’ensuit forcément une discrimination entre salariés, pouvant avoir des conséquences graves pour le travail des gens, la qualité du travail effectué, leurs relations avec leur hiérarchie et leur carrière. On en arrive à ne plus inviter aux formations (en anglais, et parfois par téléphone) sur les nouveaux outils (en anglais) des salariés qui se sont plaints de ne pas recevoir la formation en français.
3. la pratique d'un mauvais anglais au détriment du français contribue à un appauvrissement culturel des salariés ;
La plupart du temps, l’anglais n’est pas vraiment maîtrisé par ceux qui l’utilisent. Erreurs et contresens sont monnaie courante.
Et même lorsqu’ils utilisent le français, les « anglicistes usuels » en arrivent à faire des contresens, traduisant littéralement et de façon simpliste des mots ou des expressions qu’ils utilisent en anglais. Sans même parler des fautes d’orthographe.
Dans ce cadre-là, l'orthographe, la syntaxe et la précision des mots employés ne sont plus des critères de qualité.
4. la volonté d'imposer l'anglais comme "langue unique" accompagne la bataille idéologique tendant à imposer le libre-échange comme "système unique" dans les échanges, ou l'externalisation comme un passage obligé ; et on pourrait citer bien d'autres exemples.
En économie, le discours dominant tend à répandre l'idée que les règles et le fonctionnement actuels sont l'évidence même, qu'ils constituent LE système unique dont les règles doivent être acceptées de tous.
Il en va de même pour les langues, où l'anglais devrait devenir la "langue unique", portée par ceux là mêmes qui portent le "système unique".
C'est pour toutes ces raisons que quelques représentants du personnel d'EDS France insistent régulièrement sur cette question, tout en convenant que ce n'est pas forcément la préoccupation principale des salariés d'EDS.