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Expressions Solidaires

N°40 - Avril 2009

* Edito : A la croisée des chemins ?
* Dossier central : Guadeloupe, Martinique, Guyane
* Trois questions à SUD Rail suite aux élections professionnelles à la SNCF
* G20, tout ça pour ça !

 

undefined - Un été chaud ?

- Grève chez PSA à Aulnay (93)

- Grève chez Inoplast à Flers (59)

- Grève chez Valeo à Amiens (80)

- Grève chez Lear Corporation (60)

- Chômage, inquiétude partout...

- Beaucoup d’Energie... pour la lutte !

- Bienvenue aux camarades qui nous rejoignent dans Solidaires Industrie

 

SUD EDS représentatif à EDS France
Elections CE/DP du 15/11/07
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Humeur

Un trop grand nombre de patrons profitent du congé maternité de leurs salariées pour tenter de se débarrasser de ces revenantes.

En ces temps de « guerre économique » du capital contre le travail, les chefs du personnel (DRH) vivent mal les départs et retours de congé « maternité ». Que voulez-vous, avec les femmes, on n'a que des ennuis de « management » : elles partent quand elles ont décidé d'être enceintes et on est « obligé » de les reprendre quand elles veulent... Imaginez qu'elles aient un congé pathologique ! Et puis qu'elles vous prennent un congé parental ! Ça vous perturbe les plannings de façon irrationnelle. D'autant qu'on est à « flux tendus », que les postes sont drastiquement limités. Alors, quand la femme est partie, on prend un « CDD », un intérim, c'est fait pour ça. Puis « elle » revient, quel embarras, n'est-ce-pas ? On l'avait oubliée sur les tableaux de présence, le service a évolué, il va falloir tout re-modifier.

C'est pourquoi de plus en plus fréquemment le retour de congé maternité se passe mal. Le code du travail prévoit que la salariée doit retrouver un poste « identique » ou « similaire ». Mais la différence est grande entre « identique » et « similaire ». Suffisamment pour qu'on invente les moyens de se débarrasser de la revenante : on lui colle des tâches « similaires » mais très différentes qui la dépaysent, compliquent sa vie, font qu'elle se trouve mal dans sa peau, entre son bébé tout neuf et le boulot.

Une fois, j'ai vu un directeur de magasin imposer un horaire de travail à temps partiel au moment exact où la personne devait aller chercher son enfant à la crèche. Rue de la Paix, j'ai vu une entreprise modifier de fond en comble le secteur de vente d'une cadre commerciale : elle parlait arabe, connaissait depuis six ans le secteur du Moyen-Orient, ils l'ont mise après son congé maternité au secteur Amérique latine sans qu'elle parle espagnol. Entre-temps et juste avant son retour, ils avaient embauché en contrat à durée indéterminé la CDD qui était sur son poste initial... Vous imaginez comment la jeune femme vivait son poste « similaire »...

Sarkozy, le bling-bling qui se même de tout, vient de souhaiter « la mise en place d'un congé parental plus court », que « les jeunes mères soient accompagnées dans leurs démarches de retour à l'emploi ». Veut-il que toutes les femmes soient ministres comme Rachida Dati pour que leur enfant soit gardé au bout de cinq jours ? Savez-vous combien il y a de femmes parmi les cadres supérieurs ? Seulement 7 % contre 93 % d'hommes ! Ne cherchez pas, c'est la faute au seul fait que la femme accouche.

En ce 8 mars 2009, au moins deux modifications doivent être réclamées dans le code du travail : la première est que toute femme ayant accouché retrouve un poste « identique » et qu'elle soit « protégée », c'est-à-dire qu'elle ne puisse être licenciée pendant 18 mois après son retour de maternité sans autorisation préalable de l'inspection du travail. Le temps de congé maternité doit pouvoir être ainsi contrôlé comme un temps de travail effectif comptant pour l'ancienneté, le déroulement de carrière, la progression de salaire - avec sanction pénale lourde à la clef en cas contraire. Ainsi on pourra davantage forcer les employeurs à prendre en compte dans leurs effectifs les congés maternité et la « gestion prévisionnelle des emplois » des femmes.



Gérard Filoche –
4 mars 2009
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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Menaces, coups bas, désinformation : les patrons ne reculent devant aucune manigance pour fausser les différentes élections dans "leur" entreprise.

A partir de 50 salariés, un comité d'entreprise (CE) doit être élu, un CHSCT (comité hygiène, sécurité, conditions de travail) désigné et des délégués syndicaux doivent être nommés. Il faut savoir que seulement 3 % des entreprises emploient plus de 50 salariés et que bien des patrons se « débrouillent » pour éviter de véritables CE.

L'une des pratiques pour contourner la loi consiste à ne pas organiser d'électionss en prétextant qu'il n'y a pas de candidats. « Que voulez-vous, personne ne se présente, on ne peut pas les forcer », dit ainsi cet employeur d'une société de cosmétique. En fait, il s'est bien gardé de diffuser une quelconque information sur la possibilité d'organiser ce genre d'élections, n'a pas affiché ni contacté, comme il le doit, les syndicats représentatifs. En revanche, il a largement fait savoir dans l'entreprise qu'il n'était « pas question que des salariés se présentent sous peine d'être virés ». Il ne lui reste plus qu'à envoyer un « procès-verbal de carence » à l'inspecteur du travail.

Il se peut qu'un salarié se présente malgré tout. Alors, sous la contrainte de l'inspecteur du travail, l'employeur est bien obligé de mettre en place des élections, mais en faisant tout pour que ce soient des « gens à lui » qui l'emportent. Il incite des cadres serviles, les pousse parfois même à se syndiquer (genre CFTC, CGC voire CFDT...) pour se présenter au premier tour réservé aux syndicats et s'opposer ainsi à celui qu'il ne veut pas voir élire. Puis il fait passer le message accompagné de menaces implicites ou explicites, par les chefs de service. Un employeur a toute facilité pour parvenir à ses fins dans son entreprise : choix du jour de scrutin, de l'endroit du vote et du bureau de vote.

J'ai connu un CE, rue de la Paix, qui n'avait pas de budget, pas d'ordre du jour, et dont les membres n'utilisaient pas, bien sûr, leurs « heures légales de délégation » (20 h par mois). Il n'y avait même pas de réunion : les comptes-rendus étaient bidonnés. La seule fonction de ce CE composé de 2 membres a été de voter un avis favorable à la demande d'autorisation de licenciement d'une salariée CGT.

Démocratie et représentativité sont ainsi vidées de leur contenu : l'institution « représentative du personnel » (IRP) est devenue « institution représentative du patron ». Un tel système dénature l'esprit de la loi, il y a des employeurs pour lesquels c'est un « challenge » que de réussir une telle « manip » : « Que voulez-vous, chez moi, tout le monde est content. » Un « délégué » pro-patronal m'expliqua que « tout allait bien dans l'entreprise », qu'il « faisait consciencieusement son travail de membre du CE » et... que c'est moi qui lui « apprenais » que 11 plaintes distinctes de salariées pour heures supplémentaires impayées, harcèlement de la part de leur hiérarchie et, pour certaines, licenciement abusifs m'étaient parvenues. Faute de disposer d'élus réels dans l'entreprise, les salariés n'ont comme dernier recours que l'inspection du travail... Quand celle-ci n'est pas mise en cause dans son action par des juges qui choisissent de donner suite aux plaintes desdits patrons pour « entrave auxdits CE ».



Gérard Filoche –
– 25 février 2009
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.
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Sarkozy devait « aller chercher la croissance avec les dents ». Il a préféré aider les patrons et leur livrer le chômage partiel clés en main.

Le roi du « travailler plus pour gagner plus » s'est transformé en roi du « travailler moins pour gagner moins ». Remarquez, ce n'est pas contradictoire, car les uns, happy few à Neuilly, travaillent plus et gagnent plus, tandis que les autres, en masse à Clichy, travaillent moins et gagnent moins.

Le chômage partiel, c'est ke rêve du patron en temps de crise : il épuise ses stocks sans être oligé de dépenser pour en produire d'autres. Il n'a même pas à payer d'indemnités de licenciement : il affame seulement ses salariés.

Le gouvernement Fillon-Bertrand-Hortefeux a donc augmenté les rémunérations des chômeurs partiels, allongé les durées autorisées dudit chômage et diminué la part que les employeurs devaient prendre en charge.

Le chômage partiel, c'est l'horreur économique totale : on paye moins les salariés pour en faire moins. Ça nuit à l'économie, ça nuit aux salariés, ça ne fait jour qu'aux bénéfices des patrons.

Avant ils proclamaient : « C'est le travail qui produit du travail. » Ils en rajoutaient : « Il faut travailler plus pour s'en sortir. » Laurence Parisot sortait l'un de ses aphorismes préférés : « Si je travaille sept heures, je donne du travail à ma secrétaire ; si je travaille dix heures, il faut que j'en embauche une autre. » Là, c'est devenu « Pour gagner toujours dix heures de salaire, je ne paye plus ma secrétaire que trois heures et je vire l'autre. »

Le slogan nouveau pour faire passer la pilule, c'est : « Mieux vaut être chômeur partiel que chômeur total. » Ou encore : « Ne vous plaignez pas, c'est la crise, ça pourrait être pire pour vous. » Ce qui n'empêcha pas de nombreuses grèves, comme à Sandouville, de s'opposer au malheur de voir fondre encore plus des salaires déjà maigres.

L'État sarkozyste n'hésite pas à rajouter des « aides » aux patrons qui font travailler moins : c'est-à-dire qu'il utilise les finances publiques, donc les impôts des salariés (vu que le bouclier fiscal protège ceux des actionnaires), pour financer la réduction à 60% d'un salaire quand on sait qu'un sur deux est est déjà inférieur à 1480 euros, et qu'il y a 7 millions de travailleurs pauvres en dessous de 850 euros, voilà le nouveau paradis de Blinb-bling. Il prétendait « aller chercher la croissance avec les dents », être le « président du pouvoir d'achat » : le voilà qui réduit croissance et pouvoir d'achat.

Il prétendait que quand les riches s'enrichissaient, ça finissait par aider les pauvres : là, il concède que son système en est au point qu'il doit encore plus appauvrir les pauvres pour garder les riches riches.

 

Gérard Filoche - 4 février 2009


 

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La presse nous apprend que Francis MESTON, ancien président d'EDS France, vient de rejoindre le groupe ATOS en tant que « vice-président exécutif pour les activités d'intégration au niveau mondial du groupe ». Il y sera chargé de développer l'offshore vers l'Inde. Enfin une entreprise qui sait apprécier les qualités de "tueur d'emplois" de ce monsieur.

A propos de parachute doré, il était grand comment, celui que lui avait payé EDS lors de son départ en septembre 2008 ? Proportionnel au nombre d'emplois perdus par EDS durant les presque sept années de la « présidence Meston » ? Egal au montant des pertes accumulées par EDS France dans la même période ? Selon les rumeurs, il n'a pas eu à se plaindre !

Une lueur d'espoir malgré tout pour EDS : si Francis MESTON obtient les mêmes résultats chez ATOS, il va y avoir des contrats à récupérer...
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Le palmarès 2009 des "Best Workplaces France" (Entreprises où il fait bon travailler) a été établi par l'Institut Great Place to Work® France et est publié par Réussir/LE FIGARO le 23 mars 2009 et par Réussir/L'EXPRESS le 26 mars 2009. Les entreprises de plus de 1 000 salariés sont mises en valeur dans une extraction du palmarès 2009.

Parmi les trente lauréats, nous avons vainement cherché HP et EDS. Cette absence est sans nul doute une erreur !

Mais cette erreur a tendance à se répéter, puisqu'elle dure depuis 2002...


Pourtant, travailler pour EDS ou pour HP est totalement excitant, dans la mesure où il s'y passe toujours quelque chose. Tenez, rien qu'en ce moment, outre le rachat d'EDS par HP, on a des projets à foison :


- transfert de 596 salariés d'HP vers EDS, avec au passage un super recul social ;


- cession de 530 salariés des services applicatifs d'EDS à une société créée pour l'occasion ;


- cession de 68 salariés d'EDS Aix-en-Provence (logiciel Artemis et Aix Services) à une société de soixante personnes ;


- plan social de 580 personnes sur l'ensemble HP-EDS ;


- baisse des salaires.


Alors, vous trouvez toujours qu'il ne fait pas bon travailler chez nous ? Ingrats !

Le palmarès complet

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Pas content, le Chérèque !

Pas content pourquoi ? Parce que la CFDT a perdu 2 % des voix aux dernières élections prud'homales, tandis que SUD-Solidaires gagnait 2,3 % ?

Parce qu'il se retrouve tout seule avec les patrons pour signer un accord à l'UNEDIC qui est rejeté par tous les autres syndicats et par toutes les associations de chômeurs ?

Parce qu'il n'arrive pas à freiner le mouvement qui s'est fortement manifesté le 29 janvier ?

Que nenni !

Chérèque n'est pas content parce que Sarkozy parle trop de SUD... Il se lamente : "Mais il (Nicolas Sarkozy) va aller chercher qui après, quand il va falloir discuter des problèmes concrets? c'est un jeu dangereux."

Traduisez : "Lorsque le syndicalisme de lutte sera plus fort, ce sera plus difficile pour la CFDT et le syndicalisme d'accompagnement de servir la soupe au gouvernement, comme sur la réforme Juppé en 1995, les retraites en 2003 ou l'assurance-chômage en 2009 !"

Allez, François, râle-pas. Tu le sais bien : au fond de son coeur, c'est toujours toi le préféré du petit Nicolas !
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Xavier Bertrand a inventé une drôle de méthode pour se débarrasser de n'importe quel salarié en moins d'un mois.

Toujours assoiffée de « tuer » notre droit du travail français pour les aligner sur les absences de droits anglo-saxons, Laurence Parisot a le culot de prétendre depuis des années que « pouvoir plus facilement licencier » permettrait « davantage d'embaucher » ! Son rêve est de pouvoir menacer en permanence un salarié d'être mis à la porte sans formalités ni recours pour mieux le mettre au pas. Ça s'appelle « la séparabilité ». « C'est comme un divorce à l'amiable », commente Parisot : oui, mais c'est toujours le même qui part avec les meubles.

Parisot en rêvait, Xavier Bertrand l'a fait avec la loi du 26 juin 2008, qui a instauré la « rupture conventionnelle du contrat de travail ».

Depuis l'automne dernier, c'est une avalanche dans les entreprises : le prétexte de crise, les employeurs s'en servent au maximum pour éviter toute justification aux ruptures de contrat et contourner les seuils qui déclenchent les PSE (plans de sauvegarde de l'emploi).

pas de préavis, les sommes dues au titre d'indemnités sont sûres puisque contresignées par le salarié, les recours aux prud'hommes sont improbables une fois que l'homologation a été actée par l'administration du travail. La rapidité est assurée : le délai de rétractation n'est que de 15 jours, celui de l'homologation de 15 jours aussi. En un mois vous êtes débarrassé de n'importe quel salarié. Vous pouvez renouveler l'opération autant de fois que vous voulez sans vous embarrasser d'obligations sociales collectives - simplement pour plaire à la Bourse et aux actionnaires. Les DRH sont déjà notés là-dessus.

Tel employeur qui en a assez de sa salariée depuis des années, lui mène la vie dure, lui rend l'atmosphère insupportable, puis lui propose une « rupture conventionnelle ». « J'te supporte plus ! Tu t'en vas ! Tu signes ! T'auras tes droits ! » Tel syndicaliste placardisé finit par céder, et reçoit un petit bonus... pour débarrasser le plancher. Pas de motif, pas de reclassement, pas de formation, pas de plan social, le minimum d'indemnités légales et dehors ! Le salarié, par nature, est « subordonné », il n'a jamais le choix, il ne supporte plus le harcèlement qu'on lui fait subir, il signe croyant sauvegarder le minimum immédiat, il se retrouve au chômage avec des droits diminués par le dernier accord patronat-syndicat et où on le somme d'accepter une « offre raisonnable d'emploi », loin de chez lui et avec un salaire plus bas.

Gageons qu'Hortefeux arrive au ministère du Travail avec des quotas pour aider les patrons à multiplier leurs objectifs en la matière et expulser ainsi le maximum de salariés. Espérons qu'en face, la gauche s'obstinera à exiger au contraire un contrôle de l'inspection du travail sur tous les licenciements abusifs et boursiers.

 

Gérard Filoche - 21 janvier 2009


 


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Quand la novlangue entrepreneuriale veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes

La DRH m'accueille : « Bonjour monsieur l'Inspecteur, je vous présente mes collaborateurs...

- Ah bon, vous avez des gens extérieurs à l'entreprise, qu'est-ce qu'ils font là, ils ne sont pas déclarés ?

- Mais non, bien sûr, ils sont, heu, salariés... ici, dans l'entreprise, bien sûr.

- Bah, alors s'ils sont salariés, pourquoi vous les appelez collaborateurs ?

- Mais on les appelle comme ça, ce sont des collaborateurs...

- Mais, madame, vous savez ce qui caractérise un contrat de travail, c'est un « lien de subordination juridique permanente ».

- Je parle de droit. Tout salarié est « subordonné ». Il n'est pas sur un plan d'égalité avec son employeur. En bonne langue française, on ne peut à la fois être « collaborateur » et « subordonné ».

- Monsieur l'Inspecteur, on appelle ainsi nos... nos... collaborateurs, c'est une marque de respect, pour les associer, enfin, on les...

- Madame, excusez-moi, mais je n'ai pas le mot « collaborateur » une seule fois dans le code du travail, je préfèrerais que vous restiez sur un plan juridique, de façon à ce qu'on s'entende, c'est clair un « salarié » ! Un « collaborateur », je ne sais pas bien quel est son statut...

- Mais enfin monsieur l'Inspecteur, si, c'est clair pour nous aussi, on a le droit d'appeler nos... nos collaborateurs comme on veut.

- Madame, vous faites de l'idéologie, pas du droit. S'il vous plaît, pas avec moi.

- Comment ça ?

- C'est de l'idéologie que d'appeler un salarié « collaborateur », c'est de la propagande, c'est pour lui faire croire qu'il est sur un pied d'égalité dans son contrat alors que ce n'est pas le cas. Or, en échange de sa subordination, il a des droits ! Le code du travail, c'est la contrepartie de la subordination. En supprimant la subordination, on cherche à enlever la contrepartie. On fait croire que dans l'entreprise tous ont le même « challenge », le même « défi », que tous sont dans le même bateau... Jusqu'à ce que le patron parte avec le bateau et que le salarié reste amarré sur le quai à l'ANPE, et il s'aperçoit alors qu'il n'était pas collaborateur mais bel et bien subordonné... Or, le patron et le salarié n'ont pas les mêmes intérêts. L'un cherche à vendre sa force de travail le plus cher possible, l'autre veut la lui payer le moins cher possible.

- Là, monsieur l'Inspecteur, c'est vous qui faites de l'idéologie !

- Vous croyez ? Bon alors, je propose d'arrêter tous les deux, et pour nous départager, de nous en tenir au droit, au seul droit, donc on parle de « salariés » désormais... C'est le seul terme dans le code du travail défini juridiquement, tenons-nous en là...

- Bien, mais c'est dommage, j'utilise « collaborateur » parce que c'est valorisant...

- C'est vous qui le dites ! Vous ne vous demandez pas pourquoi on n'a pas mis le mot « collaborateur » en 1945-46 dans le code du travail ?

- C'est une question de génération... On n'a pas le même sens pour le même mot...

- C'est certain. « Collaborateur », c'est marqué d'infamie. On n'a donc pas la même approche. Allez, on arrête, n'en parlons plus, mais encore une fois, soyez correcte : appelez vos salariés des salariés... »

Gérard Filoche - Siné Hebdo
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Bosser le dimanche : qui va s'y coller ? Les grands patrons, les cadres supérieurs ? Ou toujours les mêmes : les pauvres ?

Xavier Bertrand et Luc Chatel prônent la suppression du principe de repos dominical, et soumettent aux députés la proposition de loi Mallié qui vise à remplacer la civilisation du loisir par la civilisation du caddie. Sarkozy, pour mieux déréglementer la durée du travail, s'attaque maintenant à nos dimanches.

C'est une forme de vandalisme social que de vouloir casser le repos dominical : celui-ci, collectif, est structurant socialement, tant pour la famille que la vie citoyenne, les loisirs, la vie associative, culturelle, sportive, etc. Le progrès véritable serait d'imposer deux jours de repos hebdomadaires pour tous. Pas de supprimer le seul qui existe.

Certes, dans les secteurs de la santé, des transports, de certaines industries à feu continu et commerces précis (alimentation), des activités culturelles, le travail du dimanche s'impose. Mais la volonté doit être de limiter et non d'étendre ces cas. Pourquoi achèterait-on des fringues, des meubles ou autres produits non urgents le dimanche alors qu'on pourrait le faire le vendredi ou le lundi si les durées du travail réelles se rapprochaient vraiment des 35 h ?

Ce seront des femmes pauvres et précaires qui finiront par travailler le dimanche. En aucun cas il ne s'agira de « volontaires ». On nous raconte des craques : le « volontariat » n'existe pas en droit du travail : seul le patron décide, jamais le salarié qui est « subordonné ».

Certains patrons ouvrent déjà, dit-on. Mais ce sont des contrevenants ! Sur environ 700 000 commerces, il y aurait 22 000 ouvertures autorisées, et quelques milliers de plus en fraude. Ceux-ci ne peuvent se prévaloir de leur turpitude et doivent être sanctionnés. Actuellement 5 % des Français travaillent régulièrement le dimanche, et 20 % épisodiquement. Le système actuel oscille de façon équilibrée entre fermeté (interdiction) et souplesse (dérogations contrôlées).

L'offensive de la droite pour forcer au travail le dimanche s'appuie sur des « promesses » de compensation salariale. Certes, les salaires sont beaucoup trop bas et il faut les augmenter : mais pas en dégradant les conditions de repos.

Ceux des salariés qui réclament de « généraliser le travail le dimanche » ne comprennent pas que leur majoration (d'ailleurs souvent limitée à 30 % parfois 50 % très rarement 100 %) est due au caractère exceptionnel de l'ouverture, mais qu'elle sera remise en cause s'il y a généralisation.

On nous dit que c'est pour stimuler le commerce : c'est stupide, cela fera disparaître des emplois. Le pouvoir d'achat n'étant pas extensible, ce qui sera acheté le dimanche ne le sera pas les autres jours. Seules les grandes surfaces tireront leur épingle du jeu. Il a été calculé que les petits commerces y perdraient 30 000 emplois (c'est ainsi que toutes les associations de petits commerçants sont CONTRE la généralisation de l'ouverture le dimanche). Les embauches qui auront lieu le dimanche se traduiront par des réductions d'effectifs le lundi et les autres jours ?

Les sondages sérieux sont clairs : 85 % des Français se prononcent CONTRE le fait de travailler eux-mêmes le dimanche. Infirmières ou traminots souffrent déjà pour obtenir dans les plannings surchargés, une fois toutes les 5 ou 6 semaines, un dimanche en famille? Pourquoi faire subir cela aux autres, quand ce n'est pas nécessaire ? Défendons le droit au repos dominical adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale en 1906. Mieux : revendiquons le rétablissement de la semaine de cinq jours, avec deux jours de repos consécutifs légaux pour tous. On travaillera mieux... pour travailler tous.

Gérard Filoche
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Inutile de chercher les noms HP ou EDS dans la liste des 50 entreprises préférées des étudiants des écoles d'ingénieur/IT : ils n'y sont pas.

Comme quoi il ne faut pas désespérer de la jeunesse. Elle n'est pas si inconsciente que ça !

Au fait, quel enseignement en tirent nos dirigeants ? Il est à parier qu'ils vont s'empresser d'augmenter les salaires, d'améliorer la formation, d'offrir de vraies perspectives de carrière à leurs salarié(e)s, et surtout, d'annuler les plans sociaux en cours ou à venir...

>>> Voir l'étude Universum 2008
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